Depuis toujours, je connais Jean d’Ormesson – de nom, je précise bien : juste de nom et de réputation car je ne l’ai jamais rencontré ni dans un train du genre Paris-Venise, ni dans un avion, ni dans une soirée mondaine – ! Je connais les titres de ses livres, que je n’ai jamais lus, car leurs titres ne m’ont jamais spécialement interpellé!

Lire L’AMOUR EST UN PLAISIR ou bien AU REVOIR ET MERCI, quand j’avais vingt ans ne me disait rien : je préférais me plonger dans LA PESTE d’Albert Camus ou me faire mon propre théâtre en relisant dix foix fois LES SÉQUESTRÉS D’ALTONA de Jean-Paul. Je préférais aussi – bien qu’il soit très loin du monde des idées de Camus et de Castre – l’univers glauque de Georges Simenon : LA NEIGE ÉTAIT SALE m’inspirait plus que LA GLOIRE DE L’EMPIREet le grand prix de l’Académie Française qui l’a récompensé.

En quelques mots, je n’ai jamais eu envie de lire aucun de la quarantaine d’ouvrages de Jean d’Ormesson, qui si l’on en croit ce qu’on en dit sont une longue autobiographie à la gloire de ses origines aristocratiques ! Il le reconnait d’ailleurs lui-même :

Oui, je sais: j’écris toujours la même chose” : c’est avec cet aveu qu’il ouvre son énième ouvrage “Qu’ai-je donc fait” qui date de 2008.

Pourtant j’ai toujours eu pour l’homme une certaine admiration : son élégance, sa légèreté, son intelligence, son éloquence, sa prestance, son érudition, sa prestance, son aisance m’ont toujours impressionné.

Ses passages à la télévision sont de véritables moments de plaisir : on peut en revoir quelques unsdans cette compilation réalisée par LE FIGARO dont il a été longtemps le directeur général.

Mais à la suite d’un commentaire laissé dernièrement par notre ami Salvadorali où il affirmait sa préférence pour “un livre traitant de la grande aristocratie”, je me suis dit pourquoi pas lire enfin un livre de Jean d’ORMESSON.
et j’ai choisi par le plus grand des hasards – le livre était sur une étagère de la bibliothèque de mon aînée – UN JOUR JE M’EN IRAI SANS EN AVOIR TOUT DIT publié en édition Robert LAFONT-Pocket en 2014.

dormesson

Jean Bruno Wladimir François de Paule Le Fèvre d’Ormesson est un aristocrate qui se revendique comme tel : issu d’une famille noble, fils d’un ambassadeur de France, ayant grandi dans un château au milieu de nourrices, cousin et neveu de diplomate et de député, bardé de diplômes acquis dans la douleur – licence en histoire et en lettres, Ecole Normale Supérieure, agrégation en philosophie-, il entreprend une vie professionnelle journalistique basée sur ses connaissances et ses alliances. Bref, l’aristocrate modèle qui a écrit la plupart de ses ouvrages pour parler de sa vie d’aristocrate!

Et de ce point de vue, je ne peux pas dire que ce livre soit mauvais!

Loin de là !

D’abord, quant à se présentation : l’auteur reprend la vieille tradition de donner aux chapitres des titres commencent par “Où..” suivi d’un petit résumé de ce suivra. Le lecteur est prévenu donc, il peut sauter ce qui ne l’intéresse pas.

Pour le fond, rien à dire non plus : l’auteur a divisé son roman ( mais est-ce bien un roman ) en deux parties.

Dans la première intitulée “tout passe“, l’auteur survole son passé, son enfance, sa jeunesse, ses rencontres et ses ambitions plutôt modestes : “j’aimais beaucoup ne rien faire. Travailler ne m’intéressait pas”.

La deuxième séquence du livre au titre moins “engagé” “Rien ne change” est plus personnelle et pleine de confidences qui ne m’ont que très peu intéressé.

Mais pour être honnête, je reconnais n’avoir pas pu aller jusqu’au bout de la troisième partie intitulée “Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacret“! Trop de confusion, trop de non-dit !

Finalement, j’ai découvert un aristocrate bien décevant ! Pourtant l’aristocratie corres^pondrait à ce qu’il y a meilleur dans une société, à une élite !

Je préféré las bourgeois, petits ou grands, audacieux, entrepreneurs, prenant des risques, regardant vers l’avenir, avec bien sûr énormément de défauts inhérents à leur état et à leurs ambitions.

Pour finir, j’aimerais dire à Monsieur Jean d’Ormesson : “Monsieur l’académicien, soyez vous-mêmes! Continuez à parler à la télévision, vous êtes un brillant causeur ! N’écrivez plus : vous l’avez vous-même reconnu, vous n’êtes ni Benjamin Constant, ni Emile Zola, ni François Mauriac”.

Ainsi donc en est-il d’un aristocrate qui écrit sur l’aristocratie : la vacuité n’est pas loin !