Au début de cette année 2019, vient de paraître chez les éditions La Croisée des Chemins un ouvrage intitulé “RACHEL MUYAL – La mémoire d’une tangéroise” de Dominic ROUSEAU, écrivain français vivant entre Bordeaux et Essaouira.

Je suis bien sûr intéressé – pas passionné, juste intéressé – par tous les livres qui parlent de Tanger et je me suis dis que cet ouvrage écrit par quelqu’un qui semble bien connaitre le Maroc et qui parle d’une tangéroise prénommée “Rachel”, donc apparemment une personne de confession juive, ne pouvait qu’intéressant!

En fait Rachel MUYAL a été, pendant le dernier quart du siècle précédent, la gérante de LA LIBRAIRIE DES COLONNES qui existe depuis 1949 sur le boulevard Pasteur de TANGER. .

Le livre est plus la mémoire d’un lieu mythique que celle d’une personne.

La lecture de cet ouvrage est agréable, l’auteur ayant choisi de rapporter au style indirect un ensemble de conversations qu’il a eues avec Rachel MUYAL à propos d’un “Tanger révolu” comme il le précise dans son introduction.

Mais de quel TANGER ont-ils parlé?

Comme souvent le cas des livres sur la vile du Détroit, le sujet n’est pas la ville MAROCAINE construite sur la cote marocaine, escale des phéniciens puis des carthaginois, des grecs – Ulysse y aurait accosté – et des romains – qui ne connait pas les Grottes d’Hercule – , ville historique qui a marqué l’histoire de ce pays : n’oublions pas que Tanger était la vile où les ambassades étrangères étaient installées. La ville d’où est parti Ibn Batouta, le grand voyageur ou celle de Sidi Abdelalh Guennoun, grand alem éclairé et tolérant! Ou la ville où est venu s’installer le premier peintre figuratif marocain Ben Ali R’bati. Les livres ne parlent de Mohamed Ben Larbi Temsamani qui a renouvelé l’art de jouer et de chanter la “ala” (musique andalouse)!

Non, les livres nous parlent d’abord et avant tout et surtout de Paul BOWLES, comme si Tanger ne serait rien sans ce Paul BOWLES. Et les marocains, ils avancent le nom de d’abord, avant tout et surtout le nom de Mohamed CHOUKRI, la découverte et le protégé forcément de Paul BOWLES.

Et le livre de Dominic ROUSSEAU n’échappe malheureusement pas à la règle : bien sûr il est question de la librairie des Colonnes, ce monument de la culture et de la littérature, installé dans un très modeste local sur le prestigieux boulevard Pasteur, de Tanger.

Toute la mémoire de Rachel MUYAL tourne autour de la librairie des Colonnes, qu’elle a ressuscité une fois qu’elle en soit devenue la gérante.

Mais autour de ce haut lieu de Tanger, gravite tout un monde qui lui-même tourne autour de Paul BOWLES, qui apparait comme le héros de cette “mémoire” .

Mais Tanger n’est pas que cela et Rachel MUYAL n’a pas su nous parler de ce que Tanger était : son lieu géométrique tangérois était circonscrit par le boulevard Pasteur, le Palais des Institutions italiennes, certains endroits chics de la ville – le bar Parade, le salon de thé Porte, et par les villas cossues des étrangers installés à Tanger.

Mais Tanger n’était que cela …Et Tanger ne semble pas connaitre la médina pauvre et délabrée, le port et ses dockers suant leur sang dans la manutention des cargaisons de contrebande, les quartiers périphériques qui prolifèrent déjà avec leur flots de chômeurs, les dizaines de centaines de travailleurs domestiques sans lequels les étrangers sseraient perdus…

Le livre de Dominic ROUSSEAU et de Rachel MUYAL – on pourrait même parler d’une oeuvre écrit à deux mains – nous présente donc une facette de Tanger mais rien qu’une facette..

Cela est fait avec élégance, et même un certain talent …Mais une fois la lecture terminée, nous en saurez peut-être un plus sur les réceptions somptueuses, sur les séances de signatures et de dédicaces qui réunissaient une certaine jet-set intellectuelle, sur les échos mondains qui circulaient dans les milieux européens de la ville du Détroit, mais pas grand chose sur Tanger, sur ses habitants, sa vie, ses problèmes, ses espoirs, ses difficultés, sa civilisation et son histoire!

Ainsi l’ont voulu ceux qui ont bâti le mythe de Tanger …Et un mythe est toujours difficile à démonter.