Hassan AOURID dans son dernier ouvrage pose problème à beaucoup de ses lecteurs : pourquoi avoir eu recours, pour donner un titre à son livre, à un terme abscons.

Je me presse de rappeler le sens du mot “abscons” pour justifier son utilisation et dissiper toute tentative de jeu de mots de mauvais goût.

Si le LAROUSSE nous suggère : très difficile à comprendre ; obscur, inintelligible,le C.N.R.T.L. (Centre National de Recherches Textuelles et Lexicales) quant à lui propose : obscur, mystérieux, difficile à pénétrer. Le moins prestigieux DICTIONNAIRE REVERSO” nous soumet : ” qui est difficile à comprendre, abstruse (qui textuellement signifie : difficile à comprendre)”.

La question se justifie car Hassan AOURID – grand intellectuel dont personne ne peut remettre en doute la formation académique, l’oeuvre livresque en arabe et en français, et même en anglais, la carrière professionnelle et l’engagement social et civilisationnel – a estimé utile de donner à son ouvrage paru en 2019 chez les éditions “المركز الثقافي العربي ” le titre suivant “رَوَاءُ مَكَة.

Mais il a estimé également qu’il était nécessaire d’expliquer à ses lecteurs, avant même d’entamer le livre, les significations que peut revêtir le mot ” رَوَاءُ ” selon la vocalisation qui serait retenue!

Bon, admettons que ce ne soit qu’un détail et parlons du contenu de cet ouvrage !

De quoi s’agit-il exactement?

Un roman Une autobiographie ? Une autobiographie romancée? S’agit-il des mémoires – précoces – du quinquagénaire Hassan Aourid ? Ou plutôt de ses “confessions ” à la manière de celles de Jean-Jacques ROUSSEAU? Sommes-nous face à un manifeste à travers lequel Hassan Aourid fait l’apologie de l’islam ou bien avons-nous entre les mains une oeuvre de prosélytisme comme il s’en trouve des centaines sur les étagères de nos librairies?

Je dirais plutôt que Hassan AOURID a publié “un plaidoyer pro domo” pour tenter d’expliquer et surtout de justifier sa soif de spiritualité et sa quête de mysticisme.

Dans ce sens, Naim KAMAL dans un article sur son site Quid.ma évoque “le coming out religieux” de Hassan AOURID !

Mais je crois que la véritable visée du livre de Aourid se situe ailleurs : le plus intéressant est que l’auteur reconnaisse ce que beaucoup d’autres n’oseront jamais faire publiquement!

Ainsi Hassan AOURID se livre-t-il à ses lecteurs, avec sincérité, et surtout avec un grand courage intellectuel! En effet, en terre d’islam, il n’est pas aisé pour un intellectuel, qui a eu l’occasion d’être un grand commis de l’état, issu de ce que l’on appelle le sérail, ancien élève de l’Ecole Royale, condisciple du souverain puis son porte-parole – éphémère certes – avant d’être agent d’autorité de haut rang, d’évoquer publiquement sa relation souvent chaotique avec la religion.

Dans nos sociétés, il est d’autant plus malaisé de mettre à jour son scepticisme religieux, de dévoiler les incartades que l’on a commises à l’égard des règles religieuses de bonne conduite, de mettre à nu ses éventuels questionnements quant à l’opportunité d’exécuter tel ou tel rite religieux!

Pourtant Hassan AOURID le fait dans son livre …Après moult hésitations, évidemment ..

Certains retiendront de ce travail “le retour aux sources” de Hassan AROUID, éventuellement sa rédemption!

Pour ma part, cet aspect ne m’a guère intéressé et je retiens de l’ouvrage de Hassan AOURID l’effort qu’il a dû accomplir pour l’écrire, pur bien l’écrire d’ailleurs, car l’ouvrage est dense, intense, référencé aux meilleurs sources (les citations sont d’une pertinence absolue) et d’un style relevé, très relevé même pour autant que ma maîtrise de l’arabe me permet de juger, !

Il faut cependant signaler que parfois les digressions de l’auteur n’en facilitent la lecture malgré l’intérêt de ces passages que je vous laisse découvriri si jamais vous décidez de lire ce livre!

Quelques invraisemblances sont utilisées pour donner lieu à des justifications qui peuvent sembler hors de propos : le lecteur peut se demander pourquoi Hassaan AOURID a recours aux “djins” pour nous parler de l’amazighité, de son importance, de sa place dans notre société!

Ultimes questions que ce livre m’amène à poser : pourquoi Hassan AOURID, qui se déclare champion et chantre de l’amazighité a-t-il usé de cette langue arabe aussi raffinée, aussi soutenue et aussi complexe parfois et pourquoi en datant la fin de son travail n’a-t-il pas fait appel au calendrier berbère. Avoir daté ce livre du 1er Yennayer 2962 lui aurait donné un autre sens . Mais ce détail semble avoir échapé à Hassan Aourid.

En fin de compte, le livre de Hassan AOURID parvient à son but : il intéresse, il pose des questions, il soulève des polémiques.

Que demander de plus à un intellectuel par ces temps de disette culturelle?