En principe, j’aurais dû rédiger ce texte en arabe mais je m’en voudrais d’infliger à mes (rares) lecteurs la lourdeur de ma prose arabe, d’autant que je vais évoquer un livre très particulier rédigé dans un arabe parfait, châtié, recherché même, précieux par moments mais fort agréable à lire à plusieurs égards.

Il s’agit de “ربيع قرطبة” de Hassan AOURID publié en 2017 chez “المركز الثقافي العربي“.

Reprenant le litre d’une série de télévision syrienne qui avait connu un énorme succès il y a quelques années, Hassan AOURID – que l’on ne présente plus car ses nombreuses publications en arabe ou en français témoignent pour lui – nous offre là un ouvrage qu’il est assez difficile de cataloguer !

Évoquer la période glorieuse de l’Andalousie Omayade est un excellent sujet pour un roman historique!

Mais ce “PRINTEMPS DE CORDOUE” est-il un roman historique? Ce genre littéraire “associe la fiction, c’est-à-dire une histoire inventée et l’Histoire”. Ce n’est pas le cas, l’auteur se contente de rapporter certains faits historiques sans les noyer dans une fiction quelconque.

S’agit-il d’une biographie, éventuellement la biographie romancée, d’un prince arabe qui revient sur sa jeunesse, sur ses amours, sur ses devoirs, sur ses erreurs…Oui, en grande partie..

Mais si l’on tient compte de la personne et de la personnalité de l’auteur, qui a vécu dans le sérail de la cour royale marocaine contemporaine, qui a pratiqué le pouvoir politique à des très hauts niveaux, puis qui a en a été éloigné, ce PRINTEMPS DE CORDOUE prend un tout autre sens, à mon avis.

S’agirait-il alors d’un manifeste politique déguisé en évocation historique. On peut le penser car Hassan AOURID n’hésite pas à transmettre tout au long de son ouvrage des conseils utiles à ds princes en attente de pouvoir ou à fournir des explications sur l’exercice du pouvoir et le rôle des détenteurs du pouvoirs.

ET c’est en cela que LE PRINTEMPS DE CORDOUE constitue une oeuvre importante, à l’image de que ce fut en son temps le “TÉLÉMAQUE” de FÉNELON paru en 1699 dans lequel l’auteur se sert des aventures du héros grec pour exposer ses propres idées sur le pouvoir et son exercice.

Pour étayer mes dires, je vous propose quelques extraits – en version originale car je n’aurais pas la prétention de traduire :

– sur la place du détenteur du pouvoir politique:

– sur la dualité de la personne détentrice du pouvoir politique :

– sur la liberté de conscience ;

– sur le pouvoir :

– sur la relation père-fils en politique :

Et pour finir en beauté, je retiens cette réponse cinglante envoyée par le Cafife omayade de Cordoue au Calife fatimide d’Égypte, qui est un concentré de mépris et un chef de langage diplomatique !

قد عرفتنا فهجوتنا و لو عرفناك لأجبناك

P.S. : Pour l’anecdote, OLIVE la nouvelle chienne de mon petit-fils a allègrement déchiqueté ce livre….La preuve