Quand j’avais lu il y a une quinzaine d’ années, le roman de Abdelatif LAABI, paru chez GALLIMARD en 2002, sous le titre LE FOND DE LA JARRE, j’avais été ébloui par la pureté de son style autant que par le précision des descriptions, la pertinente vraisemblance des personnages, la fluidité des dialogues et surtout par la facilité agréablement déconcertante de Abdellatif LAABI à reproduire en français toute une série de “marocanismes” que l’on pouvait considérer comme intraduisible.

Abdellatif LAABI avait su parler de l’enfance d’un petit marocain de la médina de FEZ au cours de la décennie 50, avec une tendresse acide très agréable à lire, car on n’y percevait nul musérabilisme ni nul étalage inutile, juste la vie tel que beaucoup de marocain/es la vivaient à l’époque.

Je ne dois pas beaucoup me tromper en affirmant que l’on retrouvait beaucoup de Ahmed SEFROUI dans le roman de Laabi, et certainement beaucoup moins de Abdelhak SARHANE.

Plus de cinq lustres après la lecture, j’ai encore en mémoire certains passages de ce roman que beaucoup de mes proches, à qui je l’ai fait découvrir ou je l’ai offert car j’étais sûr qu’ils partageraient le plaisir que j’ai eu à le lire, ont apprécié pour sa finesse doublée d’une grande lucidité.

En en découvrant récemment la version arabe, parue en 2009 chez les éditeurs syriens WARD, dans une traduction de Hassan BOURKIYAsous le titre tout à fait normal de ” قاع الخابية , je me délectais déjà de retrouver les mêmes sensations et peut-être davantage.

J’ai très vite déchanté, dès la lecture de la présentation signée par le critique littéraire Charaf Ed-Dine MAJDOULINE.

Le texte en arabe – revu par l’auteur – semble à mon humble avis de lecteur sporadique de longs textes en arabe manquer de la spontanéité et de la fraicheur que j’avais apprécié ans la version française.

Par ailleurs, le double niveau de langue – un arabe soutenu pour le récit et un arabe dialectal marocain pour les dialogues – dénature complètement le rapport du lecteur avec le texte : Abdellatif LAABI avait su éviter ce piège en utilisant le français, même s’il mêlait parfois à sa prose de nombreux “marocanismes”.

Bien sûr, la description de la société fassie des années 50 garde tout son intérêt mais le plaisir de la lecture n’est pas aussi présent. Dommage!