On pourra me reprocher d’être très sévère avec la littérature marocaine francophone, je le reconnais aisément et j’ai le droit de l’être car c’est un genre que j’apprécie, que je connais relativement bien pour l’avoir exploré depuis longtemps!

Et quand je trouve un roman marocain d’expression française d’un niveau appréciable, je le dis, avec une certaine fierté tout comme je n’hésite pas à dire, parfois crûment ce que je pense, d’une oeuvre moyenne ou médiocre!

Cette fois, j’ai eu du mal à me faire une idée sur le roman que je viens de terminer : sa lecture m’a pris du temps, des efforts et de longues hésitations entre l’envie de le refermer et passer à autre chose ou de le terminer par curiosité, pour savoir à quoi voulait en venir l’auteur, plus que par intérêt littéraire.

Quand j’ai vu sur l’étagère de mon libraire “NOS PARENTS NOUS BLESSENT AVANT DE MOURIR“, sans en connaitre l’auteur, sans avoir lu la quatrième de couverture, je me suis tout suite décidé : c’est un livre à lire ..

L’auteur Moulay Seddik RABBAJ a eu la formidable idée de commencer son roman, paru chez les éditions LE FENNEC en 2018, par cette phrase énigmatique : “Mon frère me regarde droit dans les yeux et me dit qu’il veut épouser ma sœur”! Ma curiosité n’en a été que plus forte de découvrir son travail.

En fait, le roman de Moulay Seddik RABBAJ resemble plus à une suite de textes – parfois extrêmement bien écrits, très vivants – décrivant la vie à Marrakech à une époque mal définie, que l’on peut situer au début de l’indépendance du Maroc, puis à Essaouira, cette ville “magique” même pour les marocains moyens, ensuite à Safi ville côtière dure à vivre avec ses conserveries de poissons, son monde de la nuit, ensuite la Marche Verte de 1975 avec ses moments forts, intenses, très bien brossés, pour finir sur le retour à Marrakech des années 1980, et l’apparition d’une nouvelle société, des étudiants militants et l’éclosion d’un islamisme pur et dur.

Ces différents textes sont liés entre eux par l’histoire d’une femme qui a choisi la liberté et a refusé la soumission à sa famille et la société. Mais pourtant, tout au long de ce roman, les femmes – malgré leur volonté de se libérer – restent soumises à la volonté des hommes, des pères, des frères, des maris et le pire à la volonté de leurs belles-familles.

Il m’a été difficile de suivre l’héroïne du roman à travers ses aventures, ses errances, ses luttes, ses dérives, ses espoirs, ses rencontres, ses amours, ses renoncements, ses résistances, mais l’auteur a su et pu maintenir le fil directeur de son roman, sans pour autant nous en expliquer l’incipit (première phrase) qu’il a choisi et encore moins le titre de son ouvrage.

Finalement, je ne saurais dire si le livre m’a vraiment plu, s’il m’a irrité, s’il m’a intéressé : en tous cas, il m’a surement captivé et l’un des rôle du roman.

Raconteur d’histoires plus que conteur, Moulay Sedik RABBAJ vous présente là un roman qui mérite notre attention en ces moments troubles où certains veulent réduire la femme à sa plus simple expression, celle d’objet sexuel destiné aux caprices de l’homme! A sa manière il tire la sonnette d’alarme en rappelant un passé terrible pas tout à fait effacé et toujours susceptible de renaître à la moindre occasion!

Donc, roman à lire !