Il y a des livres comme çà : le titre vous interpelle, même si vous ne connaissez pas l’auteur, vous les ouvrez et vous le refermez plus jusqu’à la dernière page!

Ainsi en est-il de “CE PAYS QU’ON ASSASSINE” de Gilles VINCENT, paru en février 2017 chez les Editions in8.

Le format du bouquin, avec ses 386 pages, la quatrième de couverture bien torchée où il est question de Marseille, d’exécution, dune députée DU PNF, de deux jeunes Érythréennes assassinées à l’autre bout du pays, tout laissait prévoir un bon roman de vacances, à lire à l’ombre d’un parasol entre deux plongeons dans la piscine ou la mer et une partie de raquettes.

Eh non …Pas du tout …

“CE PAYS QU’ON ASSASSINE” entraîne le lecteur dès les premières pages dans une enquête menée tambour battant à Marseille puis, sans transition, le promène dans les brumes du Nord de la France du coté de Hénin-Beaumont!

Ici une exécution en règle! Règlement de compte crapuleux? Crime politique?

Là-bas, deux clandestines érythréennes, violées, tabassées à mort et abandonnées dans un bois!

Aucun rapport entre les deux enquêtes, sauf que les deux commissaires chargées des deux cas sont des femmes, qu’elles dirigent des équipes bien rodées, soudées et compétentes!

Aucun rapport entre les deux enquêtes, sauf que les deux commissaires rencontrent les mêmes problèmes de silences, de non-dits, de mystères, d’interventions venues d’en haut en vue d’éviter les vagues.

Aucun rapport entre les deux enquêtes, sauf que les magouilles, la politique, les détournements d’argent, les intérêts dépassant largement le cadre des enquêtes criminelles sont en jeu à Marseille comme à Hénin-Beaumont!

Aucun rapport sinon que rien n’arrête les coupables pour brouiller les pistes, même la liquidation physique de témoins gênants, fussent-ils des officiers de policie en mission!

Le roman est très bien construit, le lecteur passe du Sud de la France au pays des terrils du Nord sans perdre le fil de l’une et l’autre enquêtes, en s’attachant aux personneges principaux ainsi qu’aux autres protagonistes! On comprend mieux quand on sait que Gilles VINCI, originaire du Nord et ayant vécu à Marseille, a déjà publié plusieurs polars et qu’il tient des ateliers d’écritures dans les écoles et les prisons.

Roman policier, ce livre ? Oui mais bien plus encore car il aborde des questions sociales et politiques qui agitent la France durant cet été 2016, avec la montée inexorable de l’extrême-droite, avec les problèmes des clandestins chaque jour plus nombreux, avec les magouilles électorales qui se pointent à l’horizon, avec l’influence des événements extérieurs, en Syrie notamment,!

Bref, vous ouvrez ce roman et vous n’avez qu’une envie c’est de savoir ce que la page suivante va vous apporter, d’autant que le style de Gilles Vincent est simple mais percutent, précis mais sans emphase ni prétention.

La conclusion que propose l’auteur se résume au titre qu’il a donné à son roman et que l’on retrouve dans une des dernières répliques du roman : “Dans les mois qui viennent, çà va sérieusement tanguer. Comme dans un pays que l’on assassine”.