Dans QUAND ADAM A DECIDE DE VIVRE, paru en 2012 chez les éditions La Croisée des CheminsRachid KHALESS, professeur de littérature à l’Université Mohamed V, poète, artiste, s’est essayé au roman en choisissant le thème de la quête de sa propre identité perdue.

Dans ce roman, le soldat Adam Maarouf, déclaré mort les autorités militaires marocaines, revient dans sa ville
après une longue une longue captivité dans les geôles du Polisario et éprouve toutes les difficultés imaginables à retrouver son identité.

Ce thème est récurrent dans la littérature universelle. Par ailleurs, le cas précis du militaire porté disparu, qui réapparaît, tente de revivre, avant de sombrer dans la folie, a été abordé par Honoré de BALZAC dans “Le colonel Chabert“. Ce court roman du grand écrivain français ne pouvait, à mon sens, être inconnu de Rachid KHALESS, agrégé de littérature française.

Un retour rapide sur le texte de l’auteur de la Comédie Humaine permet de préciser les faits : je ne sais si l’on peut parler de “plagiat” mais le doute est plus que permis.

Chabert est déclaré mort après la bataille napoléonienne d’Eylau et Adam prisonnier du Polisario est rayé de la liste des vivants.

On trouve un avoué dans les premières pages du texte de Balzac et un avocat dans celui de Khaless.

Chabert veut récupérer sa femme et Adam ne veut pas perdre la prostituée qu’il fréquente.

Le colonel français se bat pour sa dignité et le soldat marocain pour son identité.

L’un et l’autre basculent dans la folie : Chabert meurt dans un asile et Adam devient terroriste.

Les périodes historiques décrites sont complexes (Restauration française et règne de Hassan II ) et les critiques des auteurs sont acerbes : celles de Balzac sont plus sociales et celles de Khaless plus politiques.

Donc rien de bien original dans l’histoire de Adam MAAROUF (et non pas Maafouf comme signalé dans la quatrième de couverture, faisant perdre ainsi tout le charme du jeu de mot servant de trame au roman) ” ce soldat naïf, déclaré officiellement mort, entreprend des démarches inouïes pour se faire reconnaître de ses semblables”.

Pire, l’auteur, professeur universitaire agrégé de littérature française, aurait dû signaler – par honnêteté intellectuelle – sa source balzacienne, ne serait-ce que par une phrase mise en incipit au lieu de la citation de Jean-Paul Sartre qu’il a choisie et dont on se demande à quoi elle rime.

Cela ne donne même pas envie de savourer le style de ce roman, bien écrit pourtant!

Bref, encore une fois, il s’agit d’un roman marocain décevant, navrant même..

Mais quand donc les éditeurs chargés de déceler les talents marocains feront-ils leur travail sérieusement? Savent-ils d’ailleurs le faire ce travail qui ne consiste pas qu’à faire imprimer des mots et tenter de les vendre.

Posted on11/07/2018CategoriesCoups de griffesLivres