J’ai connu JERRADA des années 1980….C’est à dire à fin de son apogée et au début de se son déclin.

Cette localité située au milieu de nulle part, à une soixantaine de kilomètres au sud d’Oujda, après une déviation vers l’ouest de quelques kilomètres, semblait être plantée au bout du monde. La route d’ailleurs en cul-de-sac quelques kilomètres plus loin, à Haasi-Blal.

Cette ville aurait pu et même dû s’appeler tout simplement “MINA” car la mine de charbon était, depuis les années 1930, l’alpha et l’oméga de toute la vie de la localité et de ses environs. Tout appartenait aux CHARBONNAGES DU MAROC, tout absolument tout ..

De l’école aux bâtiments qui abritaient les services administratifs, de la piscine au centre culturel, avec bibliothèque et théâtre, des services sociaux et sanitaires, des logements les plus confortables au plus rudimentaires ….

Il faut dire que le charbon extrait était de bonne qualité, de l’anthracite, malgré des conditions d’exploitation très difficiles et il s’écoulait facilement. Ainsi les mineurs, dont une majorité venait de nos provinces du Sud, ces mêmes provinces qui fournissaient la main d’oeuvre aux mines françaises du Nord et de Lorraine, ont pu continuer l’extraction jusqu’à ne plus pouvoir tenir le cap de rentabilité.

Cet article de L’ÉCONOMISTE résume parfaitement les difficultés qu’a connues Jerrada et sa mine.

D’autres villes à travers le monde ont connu ce genre de destin : elles se comptent par dizaines, par centaines et elles sont situées dans les pays les plus riches de la planète et dans les zones les plus ruculées du monde.

JERRADA n’est pas une exception unique au monde : ce qui est exceptionnel, c’est peut-être la gestion administrative et politique de la situation.

Les élus, les syndicalistes et surement les agents de l’administration ont dû trouver dans le malheur de cette ville et ses habitants de quoi aliments leurs vilenie, leurs appétits et leurs ambitions.

Ailleurs, quand une mine est désaffectée, après épuisement des gisements, quelque en soit la nature, on la ferme et les habitants vont chercher à refaire leur vie ailleurs!

Il ne faut pas aller au bout du monde pour constater ce phénomène tout à fait naturel.

En restant dans la région d’Oujada, rappelons que Touisit et Boubkerétaient deux petites localités très vivantes grâce aux mines de plomb et de zinc. Actuellement, elles sont bien loin de la sutuation florissante qu’elles connaissaient il y a quelques décennies.

Quelques centaines de kilomètres à l’ouest, dans la région de Nador, la localité d’Ouxen vivait à l’heure européenne quand la mine de fer était exploitée. Actuellement, on n’y trouve plus que des belles villas abandonnées!

Un simple clic sur Google pour rechercher : “villes abandonnées” , permet de lister un chapelet impressionnant de cités plus ou moins importantes, qui ont vu leur sort péricliter du fait de problèmes économiques ou de phénomènes naturels. La ruée vers l’or du XIXème siècle siècle a laissé mourir derrière elle bien des villes de plusiurs dizaines de milliers d’habitants. L’arrêt de l’exploitation de mines de charbon, de cuivre, d’argent a créé des villes fantômes un peu partout dans le monde.

JERRADA n’est donc pas une exception à ce phénomène prévisible.

Ce ne sont surement les manifestations ni encore moins les actes de violence qui y changeront quoi que soit : l’exploitation politique de la misère de la population ne peut mener qu’au chaos!

Et ceux qui préparent ce chaos savent très bien à quoi ils jouent et ce qu’ils veulent mais ne semblent pas en mesurer les conséquences!