Quand j’ai entendu l’information, samedi dernier, j’ai cru à un gag, à un canular, à une intox lancée par les sites électroniques avides de sensationnalisme à “zouj frank” !

Pourtant, le fait s’est avéré : le Maroc allait procéder au changement de plus de SOIXANTE DIX AMBASSADEURS ! Bien sûr, dans ce mouvement, il y aura un petit jeu de chaises musical : de nombreux ambassadeurs changeront de postes et cela est normal! Mais quand même….

Pour bien évaluer l’événement, j’ai voulu savoir combien d’ambassades le royaume du Maroc entretient à travers le monde : il y en aurait 86 !

Pour le citoyen lambda que je suis, l’information en question, replacée dans ce contexte, prend une autre tournure et pose une série de questions!

Il ne pouvait s’agir surement pas de remplacer des ambassadeurs touchés par l’âge de la retraite ! Mais alors pourquoi ce mouvement massif, inédit je crois dans l’histoire de la diplomatie nationale?

Cela signifierait d’abord que la presque totalité de nos représentations diplomatiques nécessite une espèce de nottoyage, disons le mot de “coup de balai” qui éliminerait des agents incompétents, qui écarterait des personnes qui ne seraient pas à leur place ou qui sanctionnerait des comportements douteux.

S’il en est ainsi, d’autres questions me viennent à l’esprit :

1/ ces personnels devraient rendre des compte devant qui de droit. Qu’en sera-t-il dans la réalité ?

2/ des sanctions administratives et peut-être autres devraient être prises à leur encontre. On peut espérer et rêver!

Ensuite, il faudrait se demander qui est le responsable de la nomination de ces personnes à des postes aussi sensibles que celui de représenter son pays. Tout le monde sait que la nomination à certains postes diplomatiques tient plus du principe “bak sahbi” que de la compétence ou de la prédisposition professionnelle. Il donc difficile de déterminer la responsabilité de ces nominations.*

Etre ambassadeur est une mission complexe, difficile, nécessitant des compétences spéciales, du doigté, de la culture, de la finesse, de l’entregent, des connaissances tant intellectuelles que personnelles, du flair, de la prestance, de la conviction, un art de la persuasion consommé, une grande capacité d’anticiper, de communiquer de préférence en ^plusieurs langues et de sentir la société d’accueil, d’écouter ce qui se dit et ce qui se sous-entend et aussi une capacité d’évaluer avec justesse les événements économiques, culturels, scientifiques et militaires.

Un ambassadeur, selon Jacques Rummelhardt, ancien ambassadeur dans un entretien avec le quotidien LA CROIX daté du 18 février 2011, doit suivre le pays auprès duquel il est accrédité dans “son état politique, économique, émotif, sentimental”.

Si le Maroc est obligé de changer la presque totalité de ses chefs de missions diplomatiques, cela signifie que les responsables se sont rendus compte que ces hauts fonctionnaires, mandatés pour représenter le Maroc et défendre ses intérêts, font mal ou ne font pas leur travail!

Ils seront remplacés par qui ?

Peut-on s’improviser “diplomate”?

Encore une fois, le citoyen lambda que je suis pense que non !

On ne devient pas un BON ambassadeur de son pays par une simple décision administrative.

Faut-il donc nous réjouir du choix de militants de droits de l’homme ou d’activistes reconnus de la société civile pour assumer cette fonction! Il nous reste à l’espérer!

Le Maroc a besoin de toutes ses potentialités : il ne faut donc négliger aucune solution ! Mais il serait malheureux et triste, et surtout désespérant, que cette expérience, inédite et courageuse, fasse long feu. Nous avons perdu trop de temps.