J’ai repris ma vieille habitude de lire plusieurs romans à la fois. Cet exercice est très sympathique car il permet de mesurer immédiatement l’effet que peut avoir sur soi tel ou tel ouvrage!

Le désir de fermer celui-ci pour rouvrir l’autre, l’impatience de reprendre le premier en abandonnant sans état d’âme le troisième, l’attirance provoquée par les personnages de tel opus ou l’indifférence ressentie pour la trame d’un autre, donne la possibilité de naviguer simultanément dans plusieurs mondes différents.

Il suffit juste qu’il y ait un fil rouge, aussi ténu soit-il, qui relie les ouvrages que l’on se propose de lire.

Cette fois, j’ai choisi un roman écrit par un marocain, un second par un chilien et un troisième par une rwandaise, les deux premiers sont des traductions.

A tout seigneur tout honneur ! J’ai commencé ma triple lecture par “UNE ARDENTE PATIENCE – Le facteur” un roman DE 1988 du chilienAntonio SKARMETA dans sa version française dans une réédition chez SEUIL en 2008.

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En effet, quand j’ai lu sur la quatrième de couverture que le roman avait comme personnage Pablo NERUDA, le grand poète chilien lui-même, je me suis jeté tête baissée dans le roman et je ne l’ai relevé que parce que j’avais mal aux yeux!

L’aventure du jeune facteur amoureux fou d’une gamine de dix-sept et admirateur fou du poète est bien étrange : mais le romancier nous invite à la suivre dans un style tellement fluide et agréable que la traduction française rend de manière réussie ! Si l’on est hispanisant, on sent dans le texte français toute la poésie mélancolique que l’auteur a placé dans son roman

Avec Mario Jimenez, facteur anonyme dans un village perdu sur l’immense cote chilienne, le lecteur va traverser la période historique qui mènera le Chili de la démocratie vers le pouvoir d’une junte militaire.

Entre fiction et réalité, le roman de Antonio SKARMETA laisse un goût amer, comme le dit si bien la dernière phrase du roman prononcée par le narrateur refusant le sucre pour le café que lui proposait son interlocuteur :

“Non, merci. Je le bois amer”.

Avant de reprendre ma lecture du roman de Antonio Skarmeta, j’ai entamé celle de “NOTRE-DAME DU MIL” roman de Scholastique MUKASONGA paru aux éditions GALLIMARD en 2012 dans la collection “Continents noirs“.

notre dame

Le roman se laisse lire très facilement dans ces premiers chapitres où l’on découvre un lycée spécialisé dans l’éducation des jeunes filles rwandaises et à leur préparation à la vie sociale.

Mais la complexité de la structure sociale du Rwanda, l’imbrication des ethnies, les rivalités et mêmes les luttes entre
ses différente composantes, la place des étrangers dans cette société, rendent nécessaire l’acquisition d’une somme de renseignements et d’informations sans lesquelles la lecture de ce roman devient fastidieuse.

Je comprends que l’auteure, elle-même rescapée du massacre des Tutsi, n’ait pas cru utile de renseigner suffisamment le lecteur sur ce qu’elle suppose connu du drame de ce pays, mais au fil des pages l’intérêt se dilue malheureusement.

Peut-être qu’un jour je reprendrais cette lecture après avoir complété mes connaissances sur le Rwanda dont finalement on ne retient que le génocide de 1994, sans saisir exactement les tenants et aboutissement de ce drame qui a laissé en quelques semaines plus de 800.000 victimes parmi la population Tutsi.

J’ai donc refermé ce roman rwandais et avant revenir au facteur chilien, je me suis laissé tenté par le roman d’un marocain installé aux Pays-Bas depuis l’âge de quatre ans !

Abdelkader BENALI serait selon la quatrième de couverture “un pur produit du choc culturel entre le Maghreb et l’Europe“.

Dans “NOCES A LA MER“, paru en 1999 dans sa version française traduite du néerlandais chez ALBIN MICHEL, l’auteur entreprend un retour au pays durant lequel il se trouvera mêlé à une rocambolesque histoire de mariage où le marié s’enfuit !

noces

L’éditeur nous promet “un humour communicatif et la verve d’un conteur oriental”! Mais, moi lecteur marocain lambda, je n’ai été ni spécialement amusé par l’humour de Abdelkader BENALI ni particulièrement attiré par sa verve de conteur, surtout oriental.

On meut se demander comment un jeune rifain, ayant grandi en Hollande et parfaitement assimilé la culture de ce pays – il est présentateur de télé aux Pays-Bas – peut se découvrir des talents de “conteur oriental”!

Tout comme on peut se demandé comment l’humour de l’auteur aurait pu résister au passage du “tarifit”, sa langue maternelle au néerlandais, puis au français par une traduction assez faiblarde.

J’ai donc refermé le roman de Benali pour déguster, avec une grosse mélancolie, les dernières pages de celui de Skarmeta, qui m’a autrement plus ému et intéressé!

Mystère de la mondialisation de la culture !