Après les dramatiques événements qui ont ensanglanté les journées du 7 au 9 janvier 2015, avec le massacre dans la rédaction de CHARLIE HEBDO et la tuerie perpétrée dans le Hyper Marché Cacher, la France a réagi de manière unanime en défilant sous la bannière “JE SUIS CHARLIE” !

La réaction des français était normale et honorable : répondre à la barbarie par le calme et la dignité est le signe que la France reste un grand pays et les français un grand peuple!

Cette barbarie est condamnable, il n’y a aucun doute là-dessus ! Elle doit l’être par tous et par toutes, sans équivoque, sans retenue parce que personne n’a le droit de tuer personne et que rien ne justifie le droit de vie ou de mort sur son semblable!

Pour ma part, je n’ai pas hésité un moment, dans cet espace, pour exprimer mon horreur face au massacre des journalistes de CHARLIE HEBDO et ma condamnation la plus claire des auteurs.

Après est venu le temps de la réflexion sur les causes qui ont poussé les fanatiques à devenir des barbares meurtriers!

Ces causes ne les excusent nullement mais elles existent !

Et c’est là que commence le dilemme pour beaucoup d’entre nous et bien sûr pour les intellectuels, ceux dont la vocation est de réfléchir et d’exprimer la voix de la raison en montrant les voies de la sagesse!

La France à l’unisson déclare “JE SUIS CHARLIE” ! Faut-il pour autant que tout le monde se range sous ce slogan “JE SUIS CHARLIE”!

Abdelkader RETNANI, des éditions LA CROISÉE DES CHEMINS a estimé que les intellectuels marocains se devaient de prendre position face à cette injonction, à cette “sommation” qui justifie le titre de l’ouvrage collectif qu’il réussit à publier dès avril 2015 sous le titre “CE QUI NOUS SOMME – Réflexions marocaines après les événements des 7 au 11 janvier 2015 à Paris“.

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Une trentaine d’intellectuels marocains se sont donc relayés dans cet ouvrage pour nous expliquer CE QUI NOUS SOMME, en quelques pages, chacun à sa façon, chacun selon sa sensibilité, chacun selon sa situation personnelle, chacun selon ses convictions intimes, chacun selon sa conception et sa perception des notion de liberté, de croyance, d’altérité, de vivre ensemble !

En fait, chacun a cru nécessaire et utile de partager avec nous sa difficulté de concilier une double évidence : condamner explicitement des crimes barbares et émettre des réserves légitimes quant à l’usage de la liberté d’expression!

Caricaturer ne mérite la peine de mort, sauf chez les fous furieux!

Caricaturer le Prophète n’est pas forcément l’insulter, mais cela peut choquer, froisser, toucher!

CE QUI NOUS SOMME peut se résumer à ce double constat qui demande explication! On peut y répondre simplement mais on peut aussi y répondre en jouant avec les mots, les idées, les concepts!

Bien sûr, la trentaine de signatures qui ont participé à ce livre ont choisi la manière “intellectuelle” et à la fin de la lecture de leurs contributions, la réponse reste posée! Mais cela participe du rôle de l’intellectuel dans la société, c’est à dire poser le débat, l’élargir et ne pas apporter de réponse définitive!

Les signataires de différentes contributions ont dû apporter leur témoignage ou leur réflexion, pratiquement à chaud, alors que l’odeur de la poudre et du sang flottait encore au dessus des millions de manifestants qui se sont dressés comme une seule personne en scandant : “JE SUIS CHARLIE” !

Nos intellectuels, dont certains vivent en France ou bien ont des attaches profondes avec ce pays et son peuple, ne pouvaient s’exonérer de prendre position face à cette “sommation”, cette injonction, cette obligation d’être Charlie, sous peine de se voir exclu du monde prétendument civilisé!

Faut-il donc être absolument CHARLIE ! Je ne crois pas, comme certains des contributeurs à cet ouvrage !

Les barbares et les fanatiques, quelque soit leur bord, ne représentent qu’eux mêmes et j’estime qu’il n’est pas normal de faire endosser à toute une communauté les dérives et les crimes commis par quelques fous!

La barbarie est à condamner sans état d’âme et les convictions personnelles sont à assumer avec autant de conviction !

Personne n’a à nous sommer quoi que soit : exiger de nous d’être CHARLIE est en soi une forme de violence !

Cet ouvrage collectif a le mérite de présente ces vérités en termes choisis mais sans fioriture.

Sa lecture sera surement d’une grande utilité pour les lecteurs français de France : elle leur permettra, s’ils se donnent la peine de la mener à terme, d’éviter les amalgames et trouver CE QUI LES SOMME : un peu moins d’égocentrisme et un peu plus de tolérance !