Rachid SANTAKI, ancien éducateur sportif passé au journalisme puis à l’écriture, connait bien son sujet : la banlieue parisienne, ce que l’on appelle du bout des lèvres “les quartiers”, notamment la Seine-Saint-Denis, où il est arrivé à l’âge de cinq ans venant de Marrakech!

Il maîtrise également bien l’écriture : après un manifeste “LA FRANCE DE DEMAIN”, co-signé avec Brahim CHIKHI et préfacé par Benjamin Storal, il en est à son quatrième roman.

Dans cet opus, “LES ANGES S’HABILLENT EN CAILLERA“, paru en février 2014 chez les éditions Moisson Rouge, Rachid SANTAKI reprend son thème de prédilection : les jeunes des cités difficiles, leurs parcours, leurs problèmes, leurs aspirations et leurs désespoirs!

caillera

Pourquoi les “anges”? Dès le titre, l’auteur nous plonge dans l’ambiance de la banlieue et de son langage spécial : le verlan ! Les gens en verlan deviennent les “anges” !

Dès la première ligne du roman, le décor est installé et le héros présenté : “Ma peine vient de s’achever. J’ai été enfermé pendant dix-huit mois”!

Vous voulez continuez?

Vous êtes prévenu! Le roman sera dur, noir !

Au fil d’une suite d’allers-retours dans la vie de ce jeune délinquant, connu sous le nom de “Le Marseillais”, des personnages apparaissent, se croisent, s’affrontent violemment, règlent leurs comptes, vivent leurs amours, trahissent leurs amitiés et leurs serments.

Parmi les personnages, le flic ripoux, pourri jusqu’à l’os, sans scrupule ni remords, n’est pas le moins intéressant.

Le livre se lit difficilement, à cause de la langue utilisée par Rachid Santaki : on ne peut pas écrire un roman sur les cités et sur les délinquants en utilisant le style de Chateaubriand ! Mais après un moment, on s’habitue au verlan et aux autres procédés linguistiques spécifiques !

Forcément, la lecture peut s’avérer laborieuse mais les personnages sont brossés avec une précision chirurgicale. Leurs comportements, les plus violents comme les plus tendres parfois, s’inscrivent dans une logique parfaite.

Ainsi deux scènes totalement antinomiques sont vécues par les mêmes personnages sans que cela choque le lecteurs : un règlement de compte sordide et sanglant dans un immeuble abandonné et un mariage traditionnel dans une famille d’immigrés marocains.

Un moment d’anthologie à ne pas rater dans le roman : le combat de boxe thaïlandaise entre le fils de la banlieue et un champion international pour le titre mondial !

Le roman, dont le héros est un délinquant notoire et typique du fameux “93″, n’est pas une ode aux voyous ni une apologie à la délinquance. Pas plus qu’il ne condamne, ni la société ni le système !

Bien au contraire! Il se contente de raconter.

En fin de compte, il s’agit d’un roman assez spécial, inattendu autant que réaliste!

PS :) : je conseillerais à notre auteur marocain qui s’est tenté de nous entraîner dans les vaseuses aventures de la franc-maçonnerie marocaine de s’inspirer de ce roman avant de retenter une nouvelle aventure littéraire !